SOCIÉTÉ

Quitter son job pour voyager

Ras-le-bol, burn-out, passion du voyage.... Les raisons sont multiples. Pourtant quand on a cherché à comprendre le phénomène, nos différentes interlocutrices ont souvent souligné ce besoin viscéral de retrouver la liberté et de devenir maitre de son destin en voyageant. Décryptage.

Par Sophie Bousquet

décembre, 2021

BESOIN DE PARTIR

Aurélie ne reviendrait pas sur sa décision pour rien au monde : Celle de partir. Loin. Tout simplement. Il y 3 ans et demi, avant l'épisode du covid19, elle décide de tout quitter comme ça, sur un coup de tête. Pourtant celle qui a un parcours "académique", cela marque une réelle rupture ! "J'étais le genre de filles prêtes à tout pour réussir. J'ai fait de belles études, prépa + école de commerce, j'ai trouvé un poste et on m'a cdisé rapidement.  Cela me plaisait mais sans plus. J'avais beaucoup de mal à parler de mon travail parce qu'en soit, rien ne clochait. Ma chef était plutôt cool, les heures de travail intenses. C'est difficile par conséquent de se plaindre. Donc je n'en parlais pas. Mon petit copain lui aussi avait un travail, on était partis pour se marier, avoir des enfants, acheter un appart' à Paris. Mais cela n'allait pas à l'intérieur." Délicat, par conséquent, de dire haut et fort que l'on ne va pas bien. Aurélie profite d'un after-work avec sa meilleure amie pour lui raconter ce qu'elle ressent.

sophie et aurélie

Tout était prévu : de bonnes études, un bon job, un futur mari et bientôt les enfants et la maison à construire. Pour casser ce cycle infernal qui lui était imposé, Aurélie a décidé de se financer un tour du monde. Sa meilleure amie se joint à ce programme et elles décident de partir...

carte du monde

Une décision pas facile à prendre

" On était un peu pompette et on s'est mise à parler. Très vite, elle m'a dit que elle-aussi, la vie qu'on lui avait programmée ne lui plaisait plus. Et qu'elle voulait partir faire un tour du monde. Quand elle m'a dit ça, j'ai de la lumière qui s'est allumée en moi. C'est étrange de ressentir ça, pourtant, une chose est sûre, j'ai quitté le bar où on était, soulagée de savoir que je n'étais pas la seule à ressentir ce mal-être. Puis je suis partie en week-end chez mes parents. C'est là-bas que j'ai véritablement pris ma décision. Sans rien dire à personne, bien sûr. Je ne voulais pas les inquiéter. Et puis je ne suis pas sûre que mes parents auraient compris ce que je ressentais ", confie-t-elle.

discussion familiale

UNE RUPTURE ET UN DEPART

Bien sûr, elle s'organise en soirées pour tout planifier, économise aussi tant qu'elle le peut. Et puis, un soir six mois plus tard, elle l'annonce de but en blanc à son petit ami. " Je lui ai dit que je partais faire un tour du monde. Il n'a pas compris. Il a secoué la tête et m'a dit : "Cela te passera cette envie...". Cela m'a laissée de marbre. Du coup, notre relation a empiré pour finalement prendre fin un mois plus tard. J'ai profité de l'occasion pour aller vivre chez Sophie ma meilleure amie. C'était plus simple pour s'organiser. Une fois qu'on a eu le budget, que tout était prêt, on a acheté nos billets d'avion. C'était l'étape ultime d'une certaine manière. On ne pouvait plus faire machine arrière et on avait une date précise. Après l'étape la plus délicate a été de l'annoncer à mes parents parce que je ne voulais pas partir sans rien leur dire. Mais ce fut compliqué. "

En parler la tête haute

" J'ai profité d'un autre week-end chez mes parents, pour leur dire que j'envisageais de partir en vacances. Mon père qui est du genre à passer sa vie au travail, m'a regardé droit dans les yeux et a éclaté de rire. Il ne m'a pas cru. Ma mère a compris que j'avais besoin de partir. Mais pour elle, c'était des vacances que je prenais, trois semaines tout au plus. " Les bonnes relations qu'elle entretient avec ses parents expliquent ce besoin de les tenir informés de l'avancée de ses projets. " J'ai jamais eu de problèmes à l'école, j'ai été une bonne élève, j'ai réussi facilement alors je sentais bien que si je leur disais que je partais pour un an minimum, ils allaient paniquer. Ce n'est pas facile d'expliquer ce qui cloche quand tout semble bien aller." Puis arrive la date butoir, à l'aéroport, j'ai appelé ma mère pour lui dire que je partais réellement. Je voulais qu'elle le sache. Alors je lui ai dit clairement. Je pars pour une durée d'un an, minimum. Je pense qu'elle était sur le coup de l'émotion... Elle n'a pas compris et m'a dit que je faisais une énorme bêtise, qu'elle ne comprenait pas ce qu'elle avait raté. Puis il fallait prendre l'avion, j'ai donc raccroché. Cela m'a soulagée d'une certaine façon. C'est une fois qu'on était dans l'avion avec Sophie qu'on a réalisé que l'on l'avait fait : On partait en Amérique du Sud pour commencer. "

 Ce tour du monde s'il fallait le refaire, je repartirai immédiatement car cela m'a appris plein de choses.

Retour précipité

"Je suis partie et forcément au cours du voyage, il y a des phases, des moments où tout va pour le mieux et d'autres où ça va beaucoup moins bien. Quand cela n'allait pas, j'avais tendance à vouloir appelé ma mère. Mais on s'était promis avec Sophie de ne pas appeler secours à nos proches. Du coup, il fallait trouver des alternatives. Je crois sincèrement que cela a été l'étape la plus difficile pour moi car j'ai toujours eu une bonne relation avec ma mère. Mais bon je crois que Sophie ne me l'aurait jamais pardonnée si j'avais appelé mes parents. On s'était fixées d'envoyer un mail par mois pour les tenir informés de nos avancées et de nos découvertes. Au début, ma mère revenait sans cesse sur mon départ. Elle psychotait sur mon "mensonge" et puis un jour, elle m'a écrit un email qui m'a fait un bien fou... elle me disait qu'elle comprenait cette envie, ce départ, cette envie de partir. Qu'elle même avait eu cette envie au début de sa relation avec mon père. Mais qu'elle ne l'avait pas fait parce qu'à l'époque cela ne se faisait pas de tout envoyer balader. Elle a compris ce que j'avais ressenti. Et ça m'a fait un bien incroyable. Après il y aussi les mauvais côtés qui apparaissent également en cours de voyage. Mon frère ainé a eu un bébé et je n'étais pas là pour le voir. J'ai bien reçu des photos mais ce n'est pas pareil. " S'en suivent les différentes étapes de son voyage : " On devait terminer avec la Turquie. Mais j'ai annulé cette étape pour revenir en France plus tôt. Il me tardait de revoir mes proches. Mes parents sont même venus à l'aéroport me chercher. Nos retrouvailles ont été géniales. Mon père ne me l'a jamais dit verbalement mais à sa manière de me regarder, j'ai compris que j'avais grandie.  Ce tour du monde s'il fallait le refaire, je repartirai immédiatement car cela m'a appris plein de choses. J'ai appris à prendre des décisions et à les assumer toute seule. J'ai du me débrouiller parfois quand la chambre d'hôtel n'était pas grandiose ou quand les fins de mois étaient juste. J'ai pris une assurance folle. Le plus difficile bizarrement a été de revenir dans ma vie telle qu'elle était avant. A la différence désormais, c'est que je m'organise mieux pour partir en vacances régulièrement. J'ai changé de chef au travail, j'avais posé une année sabbatique pour ce tour du monde. Mathieu, mon ex, est venu me voir à mon retour de voyage. On a pas mal discuté et on s'est remis ensemble. Mais la différence, c'est que désormais quand je lui demande ce qu'on fait le week-end, il m'emmène toujours quelque part, un petit hôtel sur la côte atlantique par exemple. De toute façon, je crois qu'il sait que si on entre dans une routine, il sait que je partirai. Il me sait capable de tout claquer du jour au lendemain. "

planning
aéroport istanbul
new zealand

Un but ultime : Voyager !

plage de sable blanc

Un départ programmé

Caroline, elle, rêvait depuis son plus jeune âge de découvrir le monde. Mais entre les études, la routine de la vie,  pas assez d'économie pour pouvoir prendre l'avion. Alors elle décide de poursuivre ses études à l'étranger. "Partir en Erasmus est la meilleure idée que j'ai eu. C'était un moyen pour moi de partir à l'étranger avec l'approbation de mes parents. Je ne suis pas issue d'une famille riche. Alors pour partir et financer ce voyage, il fallait que j'obtienne les aides gouvernementales. J'ai bossé comme une folle pour avoir mon baccalauréat avec mention. C'était le deal que j'avais passé avec mes parents. Si j'obtenais une mention, ils me finançaient une partie du voyage. J'avais donc la pression mais j'ai réussi à avoir ma mention et j'ai pu partit un an en Nouvelle Zélande. Ce fut une expérience bouleversante à plein d'égards. J'ai appris à me débrouiller toute seule, à jongler parfois avec mon maigre budget et ça, ça te forge un sacré caractère. Ça m'a donné une incroyable confiance en moi et mes possibilités. A mon retour, j'ai retrouvé un job. " La responsable marketing d'une agence de voyage travaille désormais sur la destination de la Nouvelle Zélande au quotidien.

J'ai appris à me débrouiller toute seule, à jongler parfois avec mon maigre budget et ça, ça te forge un sacré caractère. Ça m'a donné une incroyable confiance en moi et mes possibilités. A mon retour, j'ai retrouvé un job.

Rêve de  notoriété

Quant à Paula, elle rêvait de devenir une blogueuse reconnue... Cette photographe tout terrain décide de tout quitter pour partir voir le monde. "On est parti avec mon conjoint rejoindre l'île Maurice. On a tellement bavé sur ces images de rêve avec ces plages interminables de sable blanc qu'on s'était dit qu'on partait vivre là-bas et qu'avec un peu de chance on réussirait aussi. " Malheureusement pour le couple, malgré leur effort et leur travail, Internet devient vite une horrible mascarade."On a crée un blog puis après on a décidé de créer une boutique en ligne parce qu'il fallait gagner de l'argent pour vivre décemment. Mais que c'est compliqué de tout faire en même temps.... Résultat, on a des problèmes de référencement et on n'apparaissait jamais sur les recherches Google. On a donc du refaire les valises et quitter notre paradis doré. Quand on est arrivé en métropole, le moral était au plus bas, il faisait froid et on repartait à zéro. On a même du retourner vivre chez mes parents à Paris. Heureusement, mon père est un pro d'internet. Il nous a filé un sacré coup de main et nous a conseillé sur ce qu'il fallait faire commercialement. On a un peu plus réfléchi à ce qu'on voulait faire. Et finalement on a réussi à ouvrir notre boutique en ligne sur l'art mauricien. Bon, on ne gagne pas encore complètement nos revenus de ce travail mais on a bon espoir. On se dit que notre premier départ a sans doute été précipité et qu'on n'était pas prêt. J'espère pouvoir repartir là-bas prochainement... " Finalement, Paula a acheté ses billets d'avion et repart à l'île Maurice début janvier.

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