Voyage

La Suède, ce petit pays féministe

"Premier gouvernement féministe au monde", la Suède fait de l'égalité des sexes sa priorité. Décryptage d'une mission qui sort du lot.

Par Christel Caulet

octobre, 2020

Egalité des sexes

L’image de la Suède est celle d’un petit pays en paix, progressiste et égalitaire. Bien sûr, on loue souvent son avance sur les questions de société ; il n’y a qu’à voir son engagement dans l’écologie. Mais il y a un autre secteur où la Suède est en avance : le féminisme. L’égalité des sexes n’y est plus une revendication mais une devise, inscrite sous la photo officielle du gouvernement : « Premier gouvernement féministe au monde ». Le symbole d’une volonté politique hors norme. En décembre 2014, toutes les ambassades étrangères à Stockholm ont reçu une lettre officielle avec cette interrogation : « Notre politique est féministe, et la vôtre ? »  Le petit pays scandinave a publié récemment un livret pour montrer les actions concrètes prises par le gouvernement concernant les droits des femmes. Ses méthodes y sont listées : assurer la parité hommes-femmes dans les conférences, investir les réseaux sociaux, mobiliser ressources humaines et financières, mettre les compétences en réseau, etc...

suède féministe

En novembre 2015, nous avons sorti notre “plan d'action” : un ensemble de mesures pour rééquilibrer la position féminine dans des rôles importants pour la société.

suède lac féministe

Ici, ce qui surprend, c’est la simplicité des relations avec les élus. Aux antipodes de ce que nous connaissons en France... Le plus simplement du monde, je rencontre ainsi Ann Bernes, coordinatrice au ministère des Affaires étrangères, qui m’explique en détails la mission féministe portée par son gouvernement. « On a joint à ce courrier aux ambassades des suggestions. Certains pays nous ont envoyé un rapport. Puis en novembre 2015, nous avons sorti notre « plan d'action ». Avec nos collègues en poste dans le monde entier, nous avons établi les actions les plus urgentes à mener pour que les femmes ne restent plus au second plan. Nos objectifs nationaux deviennent internationaux. Ce n’est pas de l'ingérence, on promeut, on n’oblige à rien en échange. Mais la vérité, c’est qu’on aimerait qu’il en soit ainsi dans d’autres pays européens. » On sourit alors avec discrétion tant chez nous, dans la France du 21e siècle, il semble si difficile aux élus masculins de laisser un peu de place aux femmes sans leur confier des rôles subalternes. Les références sont alors nombreuses quand on réfléchit à la situation. Ann Bernes souligne mon désarroi et continue sur sa lancée.

 

Margot_Wallström

Margot Wallström, ministre emblème des femmes

Action et réaction

« Vous savez, chez nous, à titre d’exemple, les femmes élues n’ont pas peur de s’exprimer. C'est de l’ordre du bon sens. » Elle prend pour exemple la réaction de Margot Wallström, leur ministre charismatique et populaire qui n’avait pas hésité, en 2015, à blâmer l’assujettissement des femmes en Arabie saoudite. Et comme pour me prouver l’action-réaction de ces élues, elle m’explique alors la fin des contrats de vente d’armes entre la Suède et l’Arabie. « Nous avons depuis restauré des relations diplomatiques normales, précise la ministre des Affaires étrangères. Parce que nous avons des vues divergentes, nous devons dialoguer et critiquer quand c’est nécessaire. Nous avons toujours promu les droits des femmes. » Pour elle, c’est une évidence que la femme peut apporter un vrai plus à la politique internationale.

 

Une vision de la société différente

« Aujourd’hui, le féminisme dans la politique étrangère est devenu un outil pour la gestion des crises et la résolution des conflits. » D’où la candidature de la Suède à un poste permanent au Conseil de sécurité des Nations unies en 2017. Ce petit pays qui est en paix depuis 1815 veut que sa voix porte. Pour cela, la Suède n’hésite pas à montrer l’exemple en étant le sixième plus gros donateur de l’Onu. « On y apportera notre expérience et nos idées », confirme Margot Wallström. Cette politique s’articule autour de trois axes principaux : les droits (c'est-à-dire la promotion des questions relatives aux femmes, notamment en luttant contre la violence et à la discrimination liée au genre), la représentation (notamment le soutien à la participation des femmes à tous les niveaux des processus décisionnels) et enfin les ressources, afin d’assurer une répartition équitable des revenus entre personnes de tous sexes, que ce soit dans les budgets gouvernementaux ou les projets de développement.

« Vous savez, le féminisme est cette notion radicale que les femmes sont aussi des êtres humains. »

 

Intégrer les femmes à des positions stratégiques

Très impliquée, l’armée suédoise forme aux problématiques du genre les soldats des forces internationales, et des médiatrices pour que les femmes ne soient pas exclues des pourparlers de paix. « Nous agissons pour que les Syriennes fassent entendre leur voix à Genève. Des études ont prouvé que pour une paix durable, il faut l’implication des femmes. » Et « Margot », comme on l’appelle ici affectueusement, de conclure : « Vous savez, le féminisme est cette notion radicale que les femmes sont aussi des êtres humains. » Comme quoi on peut être féministe, ministre et conserver son sens de l’humour. « Il faut plus d’égalité et montrer l’exemple pour la société de demain », souligne-t-elle. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Elle les énumère avec tact et diplomatie. 45%, c’est le pourcentage de Suédoises à un poste d'ambassadeur (contre 24 % en France). En 2016, quatre ambassadeurs sur dix étaient des ambassadrices, contre 10 % seulement vingt ans plus tôt. « C’est un ensemble de mesures qui permettront un changement de société. Il faut que les politiques montrent l’exemple », ajoute-t-elle. On lui fait remarquer qu’en France, c’est justement là que ça bloque… Pleine d’optimisme, elle sourit : « Je suis convaincue qu’en France aussi, les élus devront s’adapter. S’ils veulent conserver le pouvoir, il va falloir qu’ils le partagent. » À titre d'exemple, le nombre d’élues dans le gouvernement suédois s’élève à 13 femmes ministres sur 23 ; il y avait 40 % de femmes au Parlement en 1994, 44 % en 2016. En France, 22 femmes viennent d’être nommées dans le gouvernement de Jean Castex sur 42 élus. Allez, encore un petit effort...

femmes suède
suède petit pays féministe

Un petit mot à ajouter ?

×

On a besoin de vous !

popup magazine